Quand les Enfants d’Arc en Ciel témoigne!

26 juin 2011 L'asso dans les médias, Revue de presse

La saison des Prides, le mariage retoqué pour les couples de même sexe, la PMA toujours interdite pour les couples de femmes… Tout ça à moins d’un an de l’élection présidentielle.

L’actualité nous invite à témoigner, à revendiquer et exprimer notre désir de plus de justice et d’égalité, à porter notre demande de plus de droits pour constituer nos familles et pour nos familles déjà existantes!

A. (vice présidente des Enfants d’Arc en Ciel-l’asso!) en parle dans la presse avec sa femme, et sa fille.

 

> Courrier de l’Ouest & Presse Océan- 26  juin 2011

MALOU ET SES DEUX MAMANS

A. et V. sont des mamans comblées. Mais avant d’avoir Malou et bientôt un autre enfant, le parcours a été difficile.

Sébastien BOISNARD

sebastien.boisnard@courrier-ouest.com

A., 36 ans, a donné naissance il y a 7 mois à la petite Malou. V., 37 ans, porte leur deuxième enfant, prévu pour décembre.

A. et V. sont ensemble depuis 12 ans, pacsées depuis 6 ans. A. est urbaniste à Angers, V. sapeur-pompier professionnelle. Elles habitent Mazé (Maine et Loire) et ont promis de se marier »dans la seconde » (!) qui suivra la promulgation de la loi autorisant le mariage homosexuel en France. Il y a cinq ans, A. et V. ont eu le désir de fonder une famille.

« On ne nous empêchera pas d’avoir des bébés »

Mais la loi française ne reconnaît pas la filiation du conjoint de couples homoparentaux. A elles deux, elles pourraient faire vaciller hommes et femmes politiques hostiles au mariage homo et à la possibilité de laisser aux couples gays ou lesbiens de fonder une famille. Leur histoire est exemplaire de ce que vivent nombre de couples en France. Avec un maître-mot : « On ne nous empêchera pas d’avoir des bébés ».

Revenons aux longues années qui ont précédé la naissance de Malou. A. et V. ont d’abord su qu’elles feraient de bons parents. Mais qu’elles auraient recours à des moyens illégaux. En France seulement, car, en Belgique, en Espagne, ou au Portugal, autoriser deux femmes ou deux hommes à se marier et à avoir des enfants est légal. Après des recherches sur Internet, notamment sur le forum né à Nantes (les enfants arc en ciel), A. et V. ont choisi la Belgique. Au premier rendez-vous, elles ont rencontré un psychologue et dû trouver les mots pour expliquer leur désir, avec la peur de dire ce qu’il ne faut pas.

La technique médicale a pris le relais. Dix fois, A. ou V. ont dû partir en toute hâte pour ne pas rater le moment propice à la fécondation médicalement assistée. Las ! Les deux femmes sont allées d’échec en échec. Coût de l’opération infructueuse : « Entre 10 et 15000€ ». Mais A. et V. retiennent le meilleur de l’épreuve. « Ça a cimenté notre amour ».

C’est une rencontre entre amis qui a finalement bouleversé la vie du couple. Les compagnes se souviendront toujours de cette soirée quand, apprenant leurs difficultés à enfanter, l’amie a dit : « Mais, nous sommes prêts à vous aider ». A. et V. ont d’abord répondu qu’elles n’avaient pas envie de rire avec ça. Jusqu’à ce qu’elles découvrent tout le sérieux de la proposition de l’homme et de la femme face à elles. Lui allait faire un don qui allait neuf mois plus tard offrir Malou à ses mamans.

Une solution comme celle-là pose questions, notamment sur l’anonymat du don, qui est la règle en France. Les deux femmes y ont réfléchi et considéré, qu’après tout, c’était bien de savoir d’où venait leur bout de choux, et celui qui va suivre. Pour le plus grand bonheur des grands-parents.

Contact : www.enfants-arcenciel.org

Tel : 06 13 54 33 86

> Le Monde-25 juin 2011

Les vrais-faux mariages homos

Ils portent tous deux à la main gauche une alliance qu’ils ont échangée un jour de printemps, dans la salle des mariages de la mairie du XXe arrondissement, à Paris. Ce jour-là, ils portaient de jolies cravates, leurs parents étaient assis au premier rang, et ils ont quitté les lieux sous une pluie de riz. « C’était très émouvant et très gai, mais ce n’était pas un mariage, précise Nicolas Martin. La mairie du XXe organise des cérémonies pour les couples qui ont signé un pacte civil de solidarité. Nous en avions demandé une. »

 

La vraie signature du pacs, elle, a eu lieu le 22 avril 2010 dans un tribunal d’instance parisien. Sur la photo prise ce jour-là, Nicolas Martin et Charly Bordier sont assis sur des chaises en plastique, dans un long couloir, à côté d’un extincteur rouge : ils attendent que la greffière leur fasse signer le contrat. « Evidemment, ce n’était pas vraiment la fête, soupire Charly Bordier. La greffière nous a raconté que certains couples, pour que ce soit moins sinistre, organisent des petites cérémonies improvisées dans son bureau. Avec gâteau ! »

Charly Bordier est cuisinier dans un restaurant traiteur parisien, Nicolas Martin est producteur de radio. Ils vivent ensemble depuis plusieurs années, mais ils souhaitaient faire reconnaître leur union. « On est comme tout le monde !, explique Nicolas Martin. On a envie de dire qu’on forme un couple solide, qu’il ne s’agit pas d’une « aventurette ». Un engagement, cela consolide ce que l’on ressent. C’est une façon de dire à la société tout entière : c’est avec Charly que je souhaite construire ma vie. »

Mais la France n’est pas l’Espagne, la Norvège, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas ou la Suède : dans l’Hexagone, les homosexuels ne peuvent pas se marier. Ce fut donc le pacs, mais un pacs fêté en grande pompe dans une église du XIIe siècle transformée en salle des fêtes. Cent vingt invités, un vin d’honneur dans une cave tourangelle et un énorme gâteau : « C’était le pacs le plus « hétéronormé » de l’histoire de la création !, s’amuse Nicolas. On nous a demandé un discours, on a bafouillé un peu, et finalement, on a simplement remercié tous ceux qui étaient là de nous accepter tels qu’on était. C’est ça, le droit à l’indifférence. »

Organiser une belle cérémonie, envoyer des dizaines de faire-part, réunir sa famille et ses proches : en célébrant leur union avec faste, Charly et Nicolas espéraient briser le silence gêné qui entoure parfois certains couples homosexuels. Charly se souvient avec amertume des conseils que lui avait un jour prodigués un proche. « Tu n’es pas obligé d’en parler : tu peux le vivre et présenter ton compagnon comme un copain. Tout le monde comprendra mais ce ne sera pas dit, c’est beaucoup plus simple. »

Charly et Nicolas avaient, eux, envie de le dire. Et en le disant, ils ont obligé leurs proches à en faire autant. « Mes parents, qui habitent à la campagne, en ont évidemment parlé autour d’eux, raconte Charly. Tout le canton était au courant : avec une cérémonie, on ne peut pas se taire. » La fête a cependant fait grincer quelques dents : en début de soirée, la grand-mère de Charly a refusé d’adresser la parole à Nicolas. Mais, elle a fini par lui dire qu’elle était désolée, que c’était dur pour elle et qu’elle le considérait comme son petit-fils.

A. et V., elles aussi, ont envie de vivre à visage découvert. « Il ne s’agit pas de provoquer, il s’agit simplement de se comporter normalement, sans s’obliger forcément à être discrètes, explique A. On ne fait pas de prosélytisme, et d’ailleurs, on n’a pas choisi d’être homosexuelles. Le seul choix qui s’offre à nous, c’est d’accepter, ou non, de le vivre. Ça n’a pas toujours été simple mais, V. et moi, nous avons choisi de le vivre pleinement et d’être heureuses. Et nous le sommes ! »

A., qui est urbaniste, et V., qui est capitaine de sapeurs-pompiers, vivent dans un petit village de 400 habitants, non loin d’Angers. Depuis qu’elles se sont installées à la campagne, elles n’ont jamais subi de remarques déplaisantes. A. est élue municipale et leur fille Malou est inscrite chez une assistante maternelle du village. « Il n’y a eu aucun problème, elle s’est montrée très accueillante, raconte A.. Elle nous a juste demandé comment nous voulions être appelées – maman ou autre chose – et ce que nous faisions pour la fête des mères. »

Lorsqu’elles se sont pacsées, il y a six ans, A. et V. ont, comme Charly Bordier et Nicolas Martin, choisi de célébrer leur union avec éclat : elles ont échangé leurs alliances lors d’une croisière sur la Loire avant de réunir plus d’une centaine d’amis et de proches dans un ancien moulin. « J’ai été élevée dans une famille traditionnelle, et j’aurais évidemment préféré le mariage, précise V.. Le greffe du tribunal, c’est plutôt pour les divorces ou les bêtises ! Nous avons opté pour le pacs par défaut, mais nous avons organisé une superfête, qui s’est terminée à 7 heures du matin ! »

Aujourd’hui, A. et V. aimeraient se marier. Pour de bon, cette fois. Parce que le mariage offre plus de droits que le pacs, parce qu’il permet de porter le même nom, et parce que sa portée symbolique est plus forte. « Certains disent que le mariage, c’est dépassé, mais pas pour nous !, sourit A.. Ça le sera peut-être dans quelques siècles, mais aujourd’hui, pour un homosexuel, ça ne peut pas être ringard : nous n’y avons pas encore droit ! Et puis, avoir envie de se marier après onze ans de vie commune, c’est chouette, non ? »

Anne Chemin Article paru dans l’édition du 25.06.11

> Ouest-France-10 juin 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi A. rêve de se marier avec V. – Angers

vendredi 10 juin 2011


 

Alors que le mariage homosexuel ne devrait pas être autorisé, lors d’un vote à l’hémicycle mardi prochain, deux Angevines poussent un cri de révolte et pointent le doigt sur les législateurs.

Si le mariage est adopté, on se marie dans la seconde qui suit ! C’est un symbole fort, une reconnaissance de l’union. Avec V., nous nous sommes pacsés il y a six ans parce que nous n’avions pas le choix. Mais le pacs, c’est seulement quelques miettes qu’on nous a données. Hormis partager notre feuille d’impôt, il ne nous donne aucun droit.

Je trouve quand même ahurissant qu’en 2011, on refuse des droits à un couple composé de deux personnes du même sexe. J’entends bien que certains ne comprennent pas. Mais nous avons tous les mêmes devoirs : nous payons les mêmes impôts, nous votons. Il n’y a pas un code de la route spécial pour nous, alors pourquoi la question du mariage homosexuel se pose-t-elle ? L’État continue de conserver des discriminations pesantes. En revanche, la société avance nettement ces dernières années. Elle reconnaît notamment les familles monoparentales ou biculturelles et elle est aujourd’hui prête à accepter le mariage homosexuel. Ce sont les législateurs, les « costards-cravates » de Paris, qui restent bloqués sur les vieux schémas et qui continuent de le refuser et de stigmatiser une partie de la population.

Pourtant, on ne choisit pas de devenir homosexuel, comme on ne décide pas d’être hétéro ou d’avoir les yeux bleus. Le choix, c’est de l’accepter ou pas. Face à cette situation, nous ne sommes pas tous armés de la même manière. Certains le vivent très mal et cela peut parfois les conduire jusqu’au suicide. Les choses seraient certainement différentes si le mariage était reconnu.

Mamans toutes les deux

En ce qui nous concerne, nous avons toujours assumé et n’avons jamais caché notre histoire. Nos familles, nos proches, nos collègues nous ont entourés et appuyés.

Aujourd’hui, on vit très bien, comme n’importe quel autre couple avec un boulot, des projets et des enfants. Nous avons une petite fille de deux ans que j’ai portée et V. attend un autre enfant pour décembre prochain. Nous voulions chacune vivre une grossesse. Nous avons eu recours au même donneur, un ami, pour que nos enfants aient un lien biologique.

Mais nous devons faire face à des situations particulières et douloureuses. Quand nous avons assisté aux cours de préparation à l’accouchement pour notre première fille, nous étions avec deux autres couples hétérosexuels. Plus tard, la sage-femme nous a pris à part en nous disant que nous serions plus à l’aise si elle nous voyait séparément. Or, nous étions très décontractées. C’était elle et les autres parents qui étaient gênés, pas nous. Les cas comme celui-ci sont rares, mais ils existent.

On en arrive parfois à être nous-même réticentes. Quand nous avons eu envie d’aller habiter à la campagne, on a eu une appréhension sur le monde rural. On avait peur d’être lynchées. Mais c’est tout le contraire. Nous nous sommes très bien intégrées. Les habitants m’ont même sollicité pour rejoindre le conseil municipal. C’est ça notre conception de la société, c’est le vivre ensemble. On ne cherche à convertir personne. Nous savons que nous restons en minorité et que la majorité des couples en France sont hétérosexuels, mais ça ne nous pose aucun problème.

Aujourd’hui, le débat sur le mariage homosexuel a le mérite d’être mis à l’ordre du jour à l’Assemblée nationale. Mais à l’approche des élections présidentielles, je pense que les élus ne se mouilleront pas.

Propos recueillis par

Émilie WEYNANTS

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